Qu’est-ce que la paléographie ?

Histoire de l’écriture

La paléographie, ou science des écritures anciennes, est la branche de l’histoire qui a pour objet l’écriture, comme l’histoire économique a pour objet l’évolution des économies. En ce sens, elle recense les témoignages écrits, les ordonne et élabore des théories explicatives pour rendre compte des phénomènes historiques.

L’histoire de l’écriture se place au carrefour de l’histoire culturelle, intellectuelle et esthétique, de l’histoire sociale, de l’histoire des techniques et des cultures matérielles. L’écriture est en effet un objet historique complexe, du fait de sa double nature de produit de la main et de produit de l’esprit. Elle dialogue avec tous les aspects de la société médiévale : à la fois pensée et forme, elle est l’idée et l’instrument principal de sa
communication et de sa mise en espace. La paléographie doit donc dialoguer avec l’histoire, l’histoire des idées et des lettres, l’histoire de l’art, la codicologie et la philologie.

Paléographie et humanités numériques

Produit graphique autant que textuel, l’écriture en tant qu’objet historique est particulièrement à même de bénéficier du développement des humanités numériques. Les moyens d’études actuels, notamment l’analyse d’image, modifient profondément les conditions de la production du savoir historique concernant les écritures.

En retour, le savoir construit par les paléographes durant quatre siècles est une mine pour les ingénieurs et informaticiens qui cherchent à améliorer les logiciels de reconnaissance optique de caractères, car seul la connaissance des écritures anciennes permet à l’heure actuelle de valider non seulement les hypothèses de lecture, mais également les catégorisations nécessaires à l’application des algorithmes adaptés.

On trouvera un panorama presque complet des initiatives dans le domaine de la paléographie comme branche des humanités numériques dans les deux volumes Codicology and Palaeography in the Digital Age (vol. 1, [publication papier] et [en ligne] ; vol. 2 [publication papier]). Le projet Graphem, financé par l’ANR, est un projet en cours visant à objectiver les catégorisations d’écriture par l’analyse d’images.

Le cerveau et la main : neurosciences et histoire de l’écriture

Les travaux actuels en neurosciences portant sur l’écriture (par exemple ceux de Stanislas Dehaene, comme Les Neurones de l’écriture, 2007) sont menés en dehors des études paléographiques à proprement parler. Le dialogue interdisciplinaire a néanmoins été noué lors de grands colloques.

« Paléographie d’expertise »

Une spécificité des documents du Moyen Âge est qu’ils ne portent que rarement des mentions explicites décrivant leur origine et leur date de création. Contrairement au modèle qui s’est généralisé pour les documents authentiques et officiels ou pour les livres, les sources médiévales sont très généralement dépourvues de date ou de nom d’auteur et de copiste.

Afin d’évaluer la pertinence, voire l’authenticité, des sources, l’historien a eu recours à l’expertise des écritures, d’abord dans les travaux des diplomatistes comme dom Mabillon, puis Tassin et Toustain en France aux XVIIe et XVIIIe siècles.

De grandes entreprises de recensement systématique des témoignages les plus anciens, c’est-à-dire antérieurs au IXe siècle (comme les Chartae latinae antiquiores et les Codices latini antiquiores), et des témoignages datés jusqu’en 1600 (Catalogues des manuscrits datés) ont été lancées au cours du  XXe siècle, afin d’établir des points de comparaison et d’étude stables et vérifiables et permettre ainsi de dater les documents et livres dépourvus de mentions explicites.

 

Paléographie et lecture

En France particulièrement, la séparation institutionnelle entre les lieux d’enseignement des « sciences fondamentales » (aussi appelées « sciences de l’érudition » ou « sciences auxiliaires ») et les universités a déprécié le mot « paléographie » au point de le confondre avec « lecture des écritures anciennes ».

Les écritures du Moyen Âge sont en effet difficiles à lire, or l’étude de l’évolution des formes impose d’interpréter celles-ci correctement, d’abord comme signes alphabétiques ou conventionnels. La paléographie de lecture s’est progressivement imposée comme une propédeutique indispensable à l’étude des sources, mais masque souvent le travail historien des paléographes aux yeux des étudiants.

1 commentaire

  1. En lisant cet article, je pense qu’étudier les écritures anciennes est une bonne chose. Au fait, j’ai pensé à l’origine des mots ou des groupes de mots par exemple. Mais, c’est surtout une étude menée pour évaluer les écritures anciennes et les mettre en valeur dans l’histoire de l’écriture. Quelle découverte !

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