Ruling the Script: sessions de paléographie à l’International Medieval Congress 2012 (Leeds)

L’association APICES (Association paléographique internationale, Culture, Écriture, Société) et l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (IRHT, CNRS) organisent sept sessions de paléographie au prochain International Medieval Congress de Leeds en juillet 2012.

[Annonce avec résumés en espagnol sur le blog Conscriptio de Néstor Vigil Montes]

L’écriture médiévale faisant partie du processus de communication interpersonnelle devait nécessairement suivre des règles assurant la lisibilité et la compréhension des textes, qu’elles s’appliquent à la morphologie des lettres, à l’usage des abréviations, ou encore à l’articulation et à la hiérarchisation des différentes écritures pour pages-tapis, titres et inter-titres. Les différents niveaux de formalité, d’habileté, de rapidité d’exécution ou de « canonisation » des écritures pouvaient mener à jouer selon/avec les règles, à les enfreindre ou à écrire dans contextes apparemment dénués de règles. Les écritures individuelles semblent ainsi dénuées de règle, et l’on pourrait s’attendre à ce que des types d’écritures nouvelles — que l’on nomme avec le vocabulaire du mélange : hybrides, bâtardes, mixtes — le soit aussi dans une réalité historique complexe. Les stylisations inventent, à leur tour, des règles qui s’avèrent historiquement stériles.

Les sept sessions proposées examineront la valeur heuristique des « règles » pour la recherche paléographique, en se consacrant aussi bien à l’écriture latine qu’aux paléographies grecque et syriaque, aux écritures magiques et à l’épigraphie. Elles aborderont également quelle signification la régularité et la mesure recèlent pour une analyse des écritures statistique et assistée par ordinateur. Ce faisant, elles questionneront également les règles inhérentes aux pratiques de l’écrit : les rapports entre politique, institutionnalisation, religion, langues et écriture.

Elles rassembleront des chercheurs confirmés, mais aussi la jeune génération des paléographes venus de toute l’Europe, et permettront des échanges bénéfiques à la communauté paléographique.

Elles se donnent également pour objectif de répondre au manque de visibilité dont souffre l’histoire de l’écriture auprès des communautés d’historiens. Les manifestations proprement paléographiques donnent peu l’occasion aux historiens des autres spécialités de prendre conscience de la vivacité de nos recherches et de leurs implications sur la compréhension de tous les phénomènes historiques (échanges culturels, sociabilités et réseaux, vie intellectuelle et littéraire).

“Ruling” the script I: Playing with the rule

Sponsor : APICES (Association paléographique internationale, Culture, Écriture, Société) / Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (CNRS)

Medieval writing, as part of the interpersonal communication process, had to follow rules that ensure the legibility and convey the meaning of a text. Latin or vernacular, spoken or read, charter on parchment, painting, or stained-glass: different functions, social contexts, publics lead to variations in the use of scripts during the Middle Age. This session explore the representational modes of the text as an image and the concept of ‘liberty’ for scripts in regard to the staging of spoken or vernacular texts in epigraphy (latin/vernacular) and to the degree of stability and variation in vernacular scripts.

Moderator/Chair: Georg Vogeler

Paper A: Writings on the Wall: The Discriminating Use of Scripts in Late Medieval Mural Paintings
Christian Nikolaus Opitz (Universität Wien)

Paper B: Between tradition and liberty: writing rules of vernacular inscriptions (France, 12th c.)
Estelle Ingrand-Varenne (Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale, Poitiers)

Paper C: Rule and Variation in English Vernacular Minuscule
Peter Stokes (Department of Digital Humanities, King’s College London)

 

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Manuscrits médiévaux à l’ère numérique : école de printemps (Londres et Cambridge, 23-27 avril 2012)

Paléographie, codicologie, histoire de l’art, mais aussi TEI (Text Encoding Initiative) seront au programme d’une nouvelle école de printemps organisée  par l’Université de Londres (Institute of English Studies), le Warburg Institute et l’Univeristé de Cambridge du 23 au 27 avril 2012.

Financée par le programme COST, cette école offre également de nombreuses bourses pour les étudiants européens désireux d’y participer !

Plus d’informations et formulaire d’inscription : http://ies.sas.ac.uk/StudyandResearchTraining/mmsda/


Paléographie numérique : plus de numérique que de paléographie ? Ou des instruments nouveaux pour s’attaquer aux questions traditionnelles d’une science déjà ancienne ?

[Màj 1-08-2011 : Version espagnole par Néstor Vigil Montes sur le blog Conscriptio]
[Màj1-09-2011 : Site de l’atelier exploratoire avec résumés et présentations]

L’atelier exploratoire Paléographie numérique (« ESF Workshop Digital Palaeography), financé par l’ESF et organisé par Malte Rehbein, s’est tenu à l’université de Wurtzbourg, où les humanités numériques connaissent une vitalité importante. Réunissant 24 chercheurs de 9 pays d’Europe et des Etats-Unis, il a été ouvert par une lumineuse intervention du Prof. Overgaauw (« Palaeography: old questions and new technology »), rejetant complètement l’idée d’une crise de la paléographie : la présence de jeunes chercheurs et l’intérêt dont jouissent les études sur la culture matérielle et intellectuelle du Moyen Âge font de la paléographie un champ disciplinaire vivant et actif, qui a le devoir d’éclairer des chercheurs venus aux manuscrits avec d’autres questionnements.

Il rejette partiellement l’idée que les humanités numériques renouvellent les questionnements et souligne  que l’intérêt des nouvelles technologies est d’offrir l’espoir de réponses satisfaisantes à d’anciennes questions, dont la résistance à l’analyse traditionnelle est en partie la cause même des doutes des paléographes sur la pertinence et l’efficacité de leurs méthodes. Après une liste de problèmes encore insolubles (dont le premier est « comment trouver des critères fiables pour dater et localiser une écriture ? »), il dresse à traits suggestifs un panorama des progrès positifs obtenus dans les connaissances paléographiques depuis 50 ans, tant par une approche traditionnelle (création et diffusion des écritures caroline et humanistique) que par la codicologie quantitative.

Cette opposition des acquis récents et des blocages permet d’appréhender d’une part la notion de progrès en sciences humaines, avec des réponses toujours frappées d’incertitude, et d’autre part la dualité de la pratique paléographique, au croisement de l’érudition positive (scholarship) et de l’œil (connoisseurship). Ce dernier pourrait être entraîné ou suppléé par les technologies d’analyse d’image (T. Schaβan).

Dans les voies actuelles de la paléographie (paléographie statistique, analyse d’image numériques et constitution de larges bases de données), il souligne que l’emploi des technologies numériques modifie les usages de la recherche, mais surtout exige un apprentissage supplémentaire et regrette que certains chercheurs « ne retrouvent pas le chemin vers leur objet initial » pour s’enfermer dans des questions auto-référentielles sans plus essayer de répondre à des questions historiques. Il invite aussi les chercheurs à venir ouvrir les manuscrits, car tous ne sont pas numérisés et la plus grande part n’a jamais fait l’objet d’étude approfondie.

Après cette communication publique, mettant clairement en lumière les enjeux des nouvelles technologies pour la paléographie, des sessions thématiques ont suivi avec des présentations servant à présenter des projets en cours et leurs résultats, mais surtout à ouvrir le débat sur les attentes et les espoirs suscités par des analyses et méthodologies innovantes.

Lettre, texte, forme : profil graphémique et analyse d’image

Quatre contributions décrivent l’éventail des possibilités de traitement du texte et de l’image dans l’univers numérique : l’association par transcription lettre à lettre (W. Scase), l’analyse graphique des lettres et l’OCR (T. Schaβan), l’élaboration d’une base de données des formes de lettres (S. Brookes), l’analyse graphique du complexe graphique et la visualisation des grandes masses de données. Lire la suite

International Medieval Congress 2011 : paléographie médiévale, méthodologie et approches statistiques

Le colloque annuel de Leeds — International Medieval Congress — a, comme chaque année, été riche en communications sur les thèmes les plus différents. Parmi la trentaine de communications auxquelles j’ai assisté en trois jours (le miracle de Leeds !), voici quelques mots sur celles concernant la paléographie.

Statistiques et ‘medieval literacy’

La première session « Strength in Numbers?: Towards Quantitative Analysis in Studies of Medieval Literacy », modérée par Anna Adamska, réunissait Janika Bischoff (Université de Münster), Graham Barrett (Université d’Oxford) et Marco Mostert (Université d’Utrecht) pour une session « Statistics in literacy ». La première (« Medieval Manuscripts and Their Owners: A Statistical Approach to the Evidence from Testaments ») a constitué une base de données à partir de l’ouvrage fondamental de Susan H. Cavanaugh, A Study of books privately owned in England, 1300-1450, et en a exploité les données testamentaires (typologie des testateurs, des légataires et des livres), notamment dans une approche d’histoire genrée.  Avec 597 testateurs et 2682 items (parfois un livre, parfois “all my books”), il apparaît sans surprise que les hommes dominent les sources (88 %) et les manuscrits (92 %, soit un nombre d’items moyen supérieur à celui des femmes). Devant la mort et les livres, la femme se définit majoritairement par l’homme (52 % sont soit « femme de », soit « veuve de »), les femmes disposant d’un statut propre sont explicitement nobles dans une proportion sans rapport avec leur nombre dans la société (13 % comtesse, 4 % duchesse ; 10 % « lady »). Les observations les plus intéressantes concernent la possession féminine des textes vernaculaires et la transmission féminine des livres, phénomène connu mais encore mal mesuré : si les hommes lèguent à des hommes ou des institutions (respectivement 49 % et 41 %), les femmes lèguent beaucoup plus à des femmes (36 % contre 39 % aux hommes et 23 % aux institutions). Diverses autres observations portent sur l’analyse croisée des textes possédés et intéresseront les historiens des bibliothèques.

Grahem Barrett (« Scribes and Charters in Early Medieval Spain (711-1031) »), par l’analyse des mentions de scribes dans les chartes espagnoles, remarque dans un corpus de 3900 chartes que la production écrite tend à se concentrer : aux temps les plus anciens, la majorité des chartes n’est pas signée, mais celles qui le sont se répartissent entre de très nombreux scribes, dont la plupart ne sont attestés qu’une fois ; la répartition change au cours du temps. Plusieurs observations stimulantes sont faites (hiérarchies des scribes, mobilité, influence sur le formulaire, disponibilité de l’écrit dans l’Espagne médiévale même hors des centres de pouvoir).

Moins statistique que le titre de la session ne le laissait espérer, la communication de Marco Mostert (« Medieval Manuscripts and their owners : the evidence of colophons ») était néanmoins très suggestive et mettait très heureusement en valeur le Catalogue des manuscrits datés comme source pour l’histoire du livre. Tant pour les phénomènes de tradition de livre sur l’autel (e.g. ms. Paris, BnF, lat. 826) que pour le prix des livres, les changements sociétaux (monétarisation de l’économie, relations interpersonnelles à travers des livres, valeur de l’autographie, rôle de la dédicace et lien entre universitaires et collèges) que sur la typologie des livres disposant de colophons et la distorsion de la source, des observations judicieuses et fines ont enrichi tous les auditeurs.

Paléographie et diplomatique

Dans la session « Palaeography and Diplomatics: So Far and Yet So Close from Each Other… » à laquelle je participais avec Sébastien Barret et Paul Bertrand (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes – CNRS) et modérée par Georg Vogeler, le rôle de l’expertiste paléographique dans les études diplomatiques a été mis en lumière, tant pour l’élaboration du savoir disciplinaire que pour l’impact des questionnements de la paléographie sur les recherches concernant la production de l’écrit pragmatique en chancellerie. Lire la suite

Écoles d’été en paléographie, épigraphie et codicologie

La saison des écoles d’été commence après demain. Voici un petit aperçu de l’offre de formation des prochains mois

2 mai – 13 juillet 2011, Erlangen (Allemagne) : Scripto
Institution organisatrice : Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg
Direction : Prof. Dr. Michele C. Ferrari
Frais d’inscription : € 1080
Programme en ligne

20-24 juin 2011, Londres : The London Palaeography Summer School 2011
Institution organisatrice : University of London (The Centre for Manuscript and Print Studies, Institute of English Studies, School of Advanced Study)
Frais d’inscription : £ 330
Programme en ligne

18-23 juillet 2011, Budapest: Summer school in medieval codicology and palaeography
Institution organisatrice : Summer University, Central European University
Direction : Anna Somfai
Frais d’inscription : € 300
Présentation en ligne ; Programme en ligne

23-29 juillet 2011, Keele (Royaume-Uni) : The Keele latin and palaeography summer school
Institution organisatrice : Keele University
Direction : Nigel Tringham
Frais d’inscription : £ 375
Programme en ligne

15-26 août 2011, Durham : Palaeography & Latin Summer School
Institution organisatrice : Durham University
Direction : Dr Greti Dinkova-Bruun (Pontifical Institute of Mediaeval Studies, Toronto)
Frais d’inscription : £ 200
Programme en ligne

21 août – 4 septembre 2011, Poitiers : European Summer School in Epigraphy–Poitiers (ESSEP) = Programme européen de formation en épigraphie
Institution organisatrice : Université de Poitiers / CNRS
Frais d’inscription : candidature des étudiants auprès des universités partenaires, gratuit
Programme en ligne

19-23 et 26-30 septembre 2011, Venise : Ligatus summer school (The history of European bookbinding 1450-1830 / Identifying and recording bookbinding structures for conservation and cataloguing
Institution organisatrice : University of Arts, London / Istituto Ellenico di Studi Bizantini e Postbizantini, Venezia
Frais d’inscription : £ 350 / £ 700
Programme en ligne

26-30 septembre 2011, Zadar (Croatie) : Summer school in the study of historical manuscripts
Institution organisatrice : University of Zadar, Dept. of Library and information science
Direction : Prof. Tatjana Aparac Jelušić, Ph.D.
Frais d’inscription : 100 € / 200 €
Programme en ligne

10-14 octobre 2011, Paris : Stage d’initiation au manuscrit médiéval
Institution organisatrice : Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (CNRS)
Programme à venir
Présentation en ligne

Paléographie fondamentale, paléographie expérimentale : l’écriture entre histoire et science

Paléographie fondamentale, paléographie expérimentale : l'écriture entre science et histoire (colloque international, Paris, 14-15 avril 2011)
Paléographie fondamentale, paléographie expérimentale : l'écriture entre science et histoire (colloque international, Paris, 14-15 avril 2011)
Affiche du colloque

Paléographie fondamentale, paléographie expérimentale : l'écriture en histoire et science (colloque international, Paris, 14-15 avril 2011)

A la fois action et résultat, mouvement et trace figée, produit graphique et textuel, l’écriture a une histoire propre, où jouent les contraintes des impératifs techniques et des normes visuelles, esthétiques et sociales. La civilisation médiévale a produit d’innombrables monuments écrits à la main et, de la Renaissance carolingienne à l’invention de l’imprimerie, l’écriture y a pris des formes d’une infinie variété, qui déroute historiens et philologues.
Face aux questions en suspens, les humanités numériques modifient profondément les horizons de recherche en paléographie. Si la grande majorité des travaux portent sur des identifications ponctuelles, comme l’identification de mains, ou ont pour objectif la reconnaissance optique des caractères, les sciences de l’ingénieur ouvrent des voies nouvelles pour l’étude globale de l’écriture et de ses évolutions. Les possibilités de calcul et de traitement de l’image dans son ensemble, plutôt que comme ensemble de signes alphabétiques, permettent d’approcher la complexité et d’explorer les propriétés dimensionnelles de l’écriture. L’on peut même espérer améliorer les classifications actuelles, fondées sur un faible nombre de critères et sur la forme plutôt que sur le mouvement, et insuffisantes tant pour dater et localiser les spécimens écrits que pour décrire la phylogenèse des écritures.
Après trois ans de collaboration étroite entre paléographes et spécialistes de l’analyse optique d’images, l’IRHT ouvre une réflexion sur les apports de l’approche expérimentale dans le champ historique. Le programme du colloque, axé sur l’apport des humanités numériques dans l’étude des formes et du mouvement d’une part, et les dynamiques internes de l’écriture et la cursivité d’autre part, invite à découvrir les nouveaux outils d’analyse et les évolutions épistémologiques de la paléographie fondamentale.

En savoir plus sur le site du projet Graphem et de l’IRHT

Ethos de l’historien, épistémologie de l’histoire, granularité de la source, (dis)continuité des pratiques savantes : « le métier d’historien à l’ère numérique (Paris, ENS, 12 mars 2011) »

Sous le titre « le métier d’historien à l’ère numérique », la SHMC a organisé une rencontre passionnante où sociologues et historiens ont discuté de leur pratique et de leur identité devant un public nombreux et réactif.

Portrait de l’historien en chasseur-cueilleur : lethos du questionnement historique

Dans le feu croisé des interventions, le numérique est apparu davantage un révélateur qu’une révolution. La métaphore de l’historien en « chasseur-cueilleur » à l’ère des centrales nucléaires, forgée par Yann Potin, et la question de la publication des sources et des protocoles d’interrogation remettent en cause la pratique du métier d’historien. L’historien apparaît placer à tort sa dignité dans la découverte des sources qui porteraient la vérité et se révèle sous-équipé face à l’industrie et à la recherche en sciences lourdes. Le numérique est responsable de la prise de conscience de ce qui fait la valeur de l’historien.

  1. ce ne sont pas les sources brutes qui font la valeur de l’historien, mais les questions qu’il pose et la façon dont il y répond ;
  2. l’historien doit trouver, identifier, sélectionner les documents (archives et autres) et les constituer en sources
  3. l’historien doit pouvoir poser des questions complexes et bénéficier des infrastructures nécessaires au traitement de ses données.

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