Humanités numériques et diplomatique bourguignonne
Publié par ephepaleographie dans Colloques le 27 janvier 2012
La 6e journée des CBMA s’est tenue à Dijon le 27 janvier 2012. Sous le titre humble « Les chartes bourguignonnes sous Philologic », l’enjeu était de démontrer le renouvellement des questions que permettent les humanités numériques.
Parmi les actualités du projet CBMA : Lire la suite »
AAA – ΑΔΛ – Alphabet, Ambiguïté et Actualité (paléographique) : l’ontologie des formes alphabétiques
Publié par ephepaleographie dans Taxinomie le 22 janvier 2012
Pour répondre à l’actualité économique, et en hommage aux travaux récents de Peter Stokes (notamment ses articles « Describing Handwriting [1] [2] [3] [4] [5] » dans le cadre du projet Digital Resource for Palaeography) et de Marc H. Smith (notamment sa communication « Les formes de l’alphabet latin, entre écriture et lecture » au colloque La Vie des formes au Collège de France),voici quelques observations sur l’inscription de la lettre A dans un système de formes.
ΑΔΛ : la spécialisation des formes
De même que les langues évoluent, les mots se spécialisent et se voient renforcés de doublets lexicaux, souvent étymologiques (mon doublet préféré est la spécialisation de « bouquet » et de « bosquet » selon la taille des plantes rassemblées), les formes alphabétiques s’inscrivent dans des systèmes de signification où leur univocité est assurée par leur morphologie, qui peut se transformer, s’enrichir au besoin, ou se simplifier quand les risques d’ambiguïté s’éloignent.
Dans l’alphabet grec, par exemple, l’alpha capital (A) est muni d’une barre horizontale au milieu de sa hauteur, ce qui le distingue du delta capital (Δ), dont la barre est au bas de la lettre, et du lambda capital (Λ) qui en est dépourvu, et est de même forme que l’upsilon capital, dont il se différencie par sa position pointe en haut.
Paris, Bibl. nat. de France, ms. Grec 83, daté de 1167, lignes 2 et 3 « ευαγγελιων »
ADL : univocité et simplification
Dans l’alphabet latin, la barre du A n’a pas de fonction graphique de distinction : la rotation a transformé le lambda et le delta s’est arrondi en même temps que retourné. Aussi, dès les écritures capitales anciennes, une forme simplifiée de l’A se fait jour, aussi bien dans les écritures cursives (écriture commune classique) que dans les inscriptions à faible niveau de formalité ou dans le fragment du De bellis Macedonicis (Londres, British Libr., Papyrus 175 = CLA 207 [image en ligne]), la capitale d’usage livresque (cf. Vergilius Augusteus ou Vergilius Romanus). C’est, du reste, l’une des composantes graphiques dont se souviendront les scribes carolingiens quand ils feront usage de capitale rustique pour leurs titres.
Reims, Bibl. mun. Carnegie, ms. 7 (f. 22r), « Filii David filii Abraham »
L’écriture onciale n’est pas aussi stable quant à la morphologie de la lettre A, même s’il n’y a pas d’ambiguïté. La première lettre de l’alphabet y prend généralement une forme où le trait gauche et la barre se résument en une boucle ou en une pointe.
Paris, Bibl. nat. de France, lat. 256, Premiers Évangiles de Saint-Denis, vers 700-725, « probatur. Si enim latinis exemplaribus fides est adhibenda, respondeant quibus tot sunt enim pene quot codices. Sin autem veritas est quae- »
Toutefois dépourvue de barre, surtout dans les attestations les plus anciennes, l
Résurgences de formes : un détour par nos jours
Une tendance récente des graphistes consiste à dépouiller l’A de son trait accessoire. L’influence de la capitale rustique est peu probable. Il s’agit d’une réponse à l’impératif less is more, qui permet, dans l’univers graphique, de donner plus de force aux éléments, tout en manifestant originalité et dynamisme.

Copie d’écran de la page d’accueil d’Easyjet (www.easyjet.com) en français
Le logo lui-même de la compagnie Easyjet n’est pas modifié, mais « l’identité visuelle » a été récemment modifiée par l’introduction de capitales simplifiées.
D’autres exemples se trouvent facilement. Soit dans des niches, qui, récemment encore, préféraient les écritures néo-gothiques :

Affiche Dream Theater (concert au Zenith le 3 février 2012)
Soit pour des films à grand public :
Affiche du film Millenium (avec D. Craig), photographiée à Poitiers
A l’inverse, quelques exemples, mais plus rares, exploitent la forme en delta (Δ), dont l’avantage est de n’omettre aucun trait, au prix d’une simple déformation.
Résurgence de formes : archaïsmes et renaissances dans les litterae elongatae
Dans les diplômes impériaux du XIIe siècle se trouvent, dans les lettres allongées de la première ligne, des lettres a de différentes formes, créant des doublets graphiques, qui sont, comme les doublets lexicaux, souvent de nature étymologique ou archéologique. Deux morphologies nous intéressent ici : le A sans barre et le a ouvert, en forme de u. (Sur les scribes de la chancellerie impériale, voir W.Koch, Die Schrift der Reichskanzlei im 12. Jahrhundert (1125-1190). Untersuchungen zur Diplomatik der Kaiserurkunde, Wien, 1979 : le A sans barre du scribe Anno est mentionnée à la p. 26, et le a ouvert des scribes Tietmar A et Ekkehard A est évoqué respectivement aux p. 30 et 39-40 ; les formes ne sont pas commentées.)
Dans les mots « divina favente » visibles sur l’extrait ci-dessous, un mélange de formes se fait jour, mais ne porte que sur la lettre e, minuscule à la première occurrence dans favente et capitale en fin de mot. Les deux A sont de forme capitale et écrits sans barre. La lettre T est caractérisée sur toute la première ligne par un appendice qui rappelle les formes bouclées.
Extrait d’un acte de l’empereur Henri V en 1114 pour Einsiedeln (Klosterarchiv Einsiedeln, 64), disponible sur Monasterium.net
Une seconde forme en usage est celle du a ouvert. Les deux extraits ci-dessous montrent les mêmes mots « divina favente »

Extrait d'un acte de l'empereur Lothaire III en 1136 pour Einsiedeln (Klosterarchiv Einsiedeln, 70), disponible sur Monasterium.net

Extrait d'un acte de l'empereur Lothaire III en 1136 pour Einsiedeln (Klosterarchiv Einsiedeln, 71), disponible sur Monasterium.net
Dans ces deux actes, le mélange des formes capitales et minuscules s’accroît : le D est encore capital, mais a, e, f et n sont maintenant minuscules.
La forme ouverte est une forme précaroline, attestée aussi dans des écritures bénéventaines (e.g. Paris, Bibl. nat. de France, lat. 7580), dans la célèbre écriture az de Laon où la forme ouverte de a prend l’apparence d’un chevron («)
Paris, Bibl. nat. de France, lat. 12168 (f. 50r)
ou dans le Lectionnaire dit de Luxueil
Paris, Bibl. nat. de France, lat. 9427 (f. 13v) : « qui facit angelos suos / flammam ignis »
Ruling the Script: sessions de paléographie à l’International Medieval Congress 2012 (Leeds)
Publié par ephepaleographie dans Colloques le 20 décembre 2011
L’association APICES (Association paléographique internationale, Culture, Écriture, Société) et l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (IRHT, CNRS) organisent sept sessions de paléographie au prochain International Medieval Congress de Leeds en juillet 2012.
[Annonce avec résumés en espagnol sur le blog Conscriptio de Néstor Vigil Montes]
L’écriture médiévale faisant partie du processus de communication interpersonnelle devait nécessairement suivre des règles assurant la lisibilité et la compréhension des textes, qu’elles s’appliquent à la morphologie des lettres, à l’usage des abréviations, ou encore à l’articulation et à la hiérarchisation des différentes écritures pour pages-tapis, titres et inter-titres. Les différents niveaux de formalité, d’habileté, de rapidité d’exécution ou de « canonisation » des écritures pouvaient mener à jouer selon/avec les règles, à les enfreindre ou à écrire dans contextes apparemment dénués de règles. Les écritures individuelles semblent ainsi dénuées de règle, et l’on pourrait s’attendre à ce que des types d’écritures nouvelles — que l’on nomme avec le vocabulaire du mélange : hybrides, bâtardes, mixtes — le soit aussi dans une réalité historique complexe. Les stylisations inventent, à leur tour, des règles qui s’avèrent historiquement stériles.
Les sept sessions proposées examineront la valeur heuristique des « règles » pour la recherche paléographique, en se consacrant aussi bien à l’écriture latine qu’aux paléographies grecque et syriaque, aux écritures magiques et à l’épigraphie. Elles aborderont également quelle signification la régularité et la mesure recèlent pour une analyse des écritures statistique et assistée par ordinateur. Ce faisant, elles questionneront également les règles inhérentes aux pratiques de l’écrit : les rapports entre politique, institutionnalisation, religion, langues et écriture.
Elles rassembleront des chercheurs confirmés, mais aussi la jeune génération des paléographes venus de toute l’Europe, et permettront des échanges bénéfiques à la communauté paléographique.
Elles se donnent également pour objectif de répondre au manque de visibilité dont souffre l’histoire de l’écriture auprès des communautés d’historiens. Les manifestations proprement paléographiques donnent peu l’occasion aux historiens des autres spécialités de prendre conscience de la vivacité de nos recherches et de leurs implications sur la compréhension de tous les phénomènes historiques (échanges culturels, sociabilités et réseaux, vie intellectuelle et littéraire).
“Ruling” the script I: Playing with the rule
Sponsor : APICES (Association paléographique internationale, Culture, Écriture, Société) / Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (CNRS)
Medieval writing, as part of the interpersonal communication process, had to follow rules that ensure the legibility and convey the meaning of a text. Latin or vernacular, spoken or read, charter on parchment, painting, or stained-glass: different functions, social contexts, publics lead to variations in the use of scripts during the Middle Age. This session explore the representational modes of the text as an image and the concept of ‘liberty’ for scripts in regard to the staging of spoken or vernacular texts in epigraphy (latin/vernacular) and to the degree of stability and variation in vernacular scripts.
Moderator/Chair: Georg Vogeler
Paper A: Writings on the Wall: The Discriminating Use of Scripts in Late Medieval Mural Paintings
Christian Nikolaus Opitz (Universität Wien)
Paper B: Between tradition and liberty: writing rules of vernacular inscriptions (France, 12th c.)
Estelle Ingrand-Varenne (Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale, Poitiers)
Paper C: Rule and Variation in English Vernacular Minuscule
Peter Stokes (Department of Digital Humanities, King’s College London)
Manuscrits médiévaux à l’ère numérique : école de printemps (Londres et Cambridge, 23-27 avril 2012)
Publié par ephepaleographie dans Colloques le 15 décembre 2011
Medieval Manuscript Studies in the Digital Age
23–27 April 2012
Paléographie, codicologie, histoire de l’art, mais aussi TEI (Text Encoding Initiative) seront au programme d’une nouvelle école de printemps organisée par l’Université de Londres (Institute of English Studies), le Warburg Institute et l’Univeristé de Cambridge du 23 au 27 avril 2012.
Financée par le programme COST, cette école offre également de nombreuses bourses pour les étudiants européens désireux d’y participer !
Plus d’informations et formulaire d’inscription : http://ies.sas.ac.uk/StudyandResearchTraining/mmsda/

